Un voyage à travers des recettes curieuses, des ingrédients inhabituels et des intuitions surprenantes qui révèlent à quel point les anciens savaient prendre soin de leur corps de manière plus « verte » que nous.
Oublions un instant l’idée que le Moyen Âge n’était qu’une époque d’ignorance et de superstition. De nouvelles recherches nous racontent une histoire complètement différente : les gens d’il y a mille ans étaient des observateurs attentifs de la nature et capables d’élaborer des remèdes à base d’herbes, de sels, d’huiles essentielles et… même de lézards.
C’est ce qui ressort du projet Corpus of Early Medieval Latin Medicine, une collection numérique éditée par un groupe de chercheurs dirigé par l’historienne Meg Leja de l’université de Binghamton. Grâce à un travail qui a duré plus de deux ans, les chercheurs ont exhumé des dizaines de textes médicaux anciens, dont beaucoup ont été écrits à la main dans les marges de livres de grammaire ou de prières. Un trésor caché qui nous offre une vision fascinante d’une époque plus scientifique qu’on ne le pensait, comme l’a expliqué Leja à Science Daily :
Les gens de l’époque cherchaient des schémas, observaient la nature et notaient tout ce qui pouvait servir à soigner le corps. Ils n’étaient pas du tout anti-scientifiques.
Et en effet, bon nombre des remèdes décrits dans ces manuscrits nous semblent incroyablement familiers.
Le pouvoir des vautours et autres remèdes bizarres
Vous avez mal à la tête ? Au IXe siècle, on appliquait une crème à base de noyaux de pêche broyés et d’huile de rose directement sur le front. Cela vous semble être une potion de sorcière ? Pourtant, une étude réalisée en 2017 confirme que l’huile de rose peut soulager les douleurs migraineuses. Les noyaux broyés, en revanche, restent un mystère…
Pour les cheveux, en revanche, il existait toute une routine de beauté digne des influenceuses d’aujourd’hui : on lavait d’abord le cuir chevelu avec du sel aux herbes et du vinaigre (probablement similaire au vinaigre de pomme) pour lutter contre les parasites. Aujourd’hui encore, le vinaigre est utilisé contre les pellicules, même si la science n’est pas tout à fait convaincue de son efficacité dermatologique.
Mais le plus curieux vient après : pour obtenir des cheveux forts et sains, le traitement était complété par une pommade à base d’huiles et de « cendres de lézard vert brûlé ». Une sorte de masque capillaire primitif qui, aussi bizarre soit-il, s’inscrit dans la même logique DIY que celle que l’on voit aujourd’hui en ligne. Sans les lézards, heureusement.
Et non, ce n’est pas un hasard : bon nombre de ces pratiques médiévales reviennent à la mode en tant que remèdes « naturels » holistiques, partagés aujourd’hui sur Instagram et TikTok par des millions d’utilisateurs.
Bien sûr, tous les remèdes de l’époque ne résisteraient pas au jugement de la science moderne. Certains frôlent le rituel magique, comme la recommandation faite aux femmes enceintes d’attacher des plumes de vautour à leur jambe gauche pour favoriser un accouchement serein. Pourtant, même derrière ces croyances se cache un désir très concret : trouver un soulagement, prévenir la douleur, améliorer la santé avec ce que la nature offrait.
Le plus grand mérite de cette nouvelle recherche est en effet précisément celui-ci : redonner sa dignité à un savoir ancien, enraciné dans la terre, fait d’observation directe et d’expérimentation empirique, même en l’absence d’instruments scientifiques modernes. Ils n’étaient pas superstitieux : ils cherchaient simplement des réponses.
Aujourd’hui, grâce au travail de Leja et de son équipe, nous avons accès à cet immense patrimoine de connaissances : le Corpus of Early Medieval Latin Medicine est disponible en ligne et est continuellement mis à jour avec de nouvelles traductions. Une invitation à redécouvrir comment, il y a déjà mille ans, on pouvait vivre de manière plus naturelle, plus consciente… et peut-être même plus saine.

