Un rapport publié par quatre ONG révèle que près de 60 % des pesticides utilisés dans les plantations de café sont interdits dans l’Union européenne. Voici les principaux enseignements de cette enquête, fondée sur des données scientifiques et des recherches de terrain.
Une tasse de café sur cinq contiendrait des traces de pesticides. Le problème est d’autant plus préoccupant qu’une grande partie de ces substances est interdite dans les cultures européennes, tout en restant utilisée dans les pays producteurs de café destinés au marché européen.
Ces conclusions proviennent du rapport « Poison in Your Coffee », réalisé par Coffee Watch, Inkota Netzwerk, Deutsche Umwelthilfe et Pesticide Action Network UK. Ce document de plus de 100 pages s’appuie sur des publications scientifiques, des données officielles et des enquêtes menées au Brésil, au Vietnam, au Kenya et en Colombie.
159 substances recensées, dont six sur dix interdites dans l’UE
Le café figure parmi les cultures les plus gourmandes en pesticides au monde. Au Kenya, par exemple, il représente à lui seul près d’un quart de l’utilisation nationale de produits phytosanitaires, alors qu’il occupe moins de 1 % des terres agricoles.
Les chercheurs ont recensé 159 substances actives autorisées pour la culture du café dans les principaux pays producteurs. Entre 59 et 60 % d’entre elles sont interdites dans l’Union européenne en raison de leur dangerosité.
Parmi les molécules citées figure le chlorpyrifos, interdit dans l’UE depuis janvier 2020 en raison des risques qu’il présente pour le développement neurologique des enfants. Le rapport mentionne également l’imidaclopride, un insecticide néonicotinoïde dont les effets néfastes sur les abeilles et autres pollinisateurs sont documentés depuis plusieurs années.
Le paradoxe du « double standard »
Le rapport met en évidence une contradiction : plusieurs de ces pesticides continuent d’être fabriqués par des entreprises basées dans l’Union européenne, puis exportés vers les pays producteurs de café, où la réglementation est moins stricte.
Le café cultivé avec ces substances peut ensuite être importé légalement en Europe, à condition que les résidus présents dans les grains restent inférieurs aux limites réglementaires.
En 2020, la Commission européenne avait annoncé vouloir interdire la fabrication, à des fins d’exportation, de substances déjà interdites sur le territoire européen. Cinq ans plus tard, cette promesse ne s’est toujours pas traduite par une législation contraignante.
Des résidus de pesticides de plus en plus fréquents
Selon le rapport « Double Standards, Double Risk » de PAN Europe, basé sur les contrôles officiels transmis à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), 22,7 % des échantillons de café analysés contenaient des résidus de pesticides interdits dans l’Union européenne.
Les chercheurs indiquent également que la fréquence de détection de ces substances a été multipliée par dix entre 2011 et 2022.
Entre 2020 et 2024, les pesticides ont aussi constitué le principal motif d’alerte concernant le café dans le système européen d’alerte rapide pour les denrées alimentaires (RASFF).
Des substances jugées particulièrement dangereuses
Plusieurs pesticides mentionnés dans le rapport sont classés par l’Organisation mondiale de la santé parmi les substances « extrêmement dangereuses » ou « hautement dangereuses ».
Selon les estimations des auteurs :
• environ 14 % des pesticides utilisés dans les plantations de café sont considérés comme cancérogènes avérés ou probables ;
• près des deux tiers présentent un risque de toxicité pour la reproduction ;
• certains sont également identifiés comme perturbateurs endocriniens.
Les premiers exposés restent les travailleurs agricoles
Les auteurs du rapport soulignent que le principal enjeu sanitaire concerne avant tout les personnes qui cultivent et récoltent le café.
En République dominicaine, 87 % des producteurs interrogés déclarent ne porter ni gants ni masque lors de l’application des pesticides. En Inde, cette absence d’équipement de protection concerne environ deux travailleurs sur trois.
Le rapport estime également que les certifications actuellement utilisées ne garantissent ni l’absence de résidus de pesticides ni des conditions de rémunération satisfaisantes pour les producteurs.
Les recommandations des ONG
Les organisations à l’origine de cette enquête demandent :
• des contrôles systématiques sur l’ensemble du café importé dans l’Union européenne ;
• un abaissement des seuils autorisés de résidus de pesticides jusqu’à la limite de détection ;
• l’interdiction pour les entreprises européennes de produire, pour l’exportation, des pesticides déjà interdits sur le marché européen.
À ce stade, ces propositions n’ont pas encore été intégrées dans une réglementation européenne.

